La couture aux trois visages

Jeudi, 24 Janvier 2013
La couture aux trois visagesSpécialité strictement parisienne, la haute couture a pris plusieurs visages lors des trois jours de défilés qui viennent de s’écouler. Si les grandes maisons ont accaparé de manière naturelle l’essentiel des feux de la rampe, il faut cependant constater qu’aux cotés de Dior, Chanel et Gaultier – la trinité couture représentant le noyau dur de la haute couture parisienne  historique – une vingtaine de maisons, de tailles plus ou moins modestes ont réussi à prouver qu’elles possédaient non seulement de très bons ateliers, mais aussi une âme, un univers et une essence.



La couture aux trois visages

Dans cette couture-là, volontiers qualifiée de « nouvelle », deux options se sont présentées aux yeux des clientes fortunées depuis Lundi. Les expérimentaux, tout d’abord, avec la créatrice néerlandaise Iris Van Herpen. Par ses propositions sidérantes, la jeune créatrice (née en 1984) s’est, en seulement quatre collections, imposée comme la tête de file de ce mouvement. Diplômée en 2006 de l’Artez, Institute des arts d’Arnhem, elle a fait ses armes chez Alexander McQueen et ça se sent. Pour ce défilé couture printemps été 2013, elle explore l’électricité qu’elle réussit à reproduire émotionnellement par des technologies véritablement innovantes dont elle seule a le secret. Ses robes flexibles imprimées en 3d, par leur stupéfiante complexité, affichent une passion évidente pour les structures et les matériaux. Mais rien cependant ne semble scolaire ni alambiqué. Un imaginaire high-tech mais surtout gracieux dont il nous tarde de découvrir les déclinaisons dans un prêt-à-porter que la créatrice lancera en mars prochain à Paris.



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Malgré une solide culture classique en Haute Couture, Julien Fournié, c’est son tempérament, reste un expérimentateur. Rien n’est convenu ni attendu dans cette collection soutenue par Fashionlab de Dassault Systèmes, le fidèle partenaire du créateur. La cité de l’architecture et du patrimoine qui accueille le défilé se révèle l’écrin idéal tant Fournié s’éclate visiblement à bousculer les codes et la structure de ses modèles girl power toutes auréolées de réminiscences issues de la décennie Dépêche Mode. Les clientes qui garnissent le carnet de commandes de Fournié sont jeunes - et même très jeunes - ce qui n’est pas étonnant tant cette mode pétille d’énergie et ne s’excuse pas d’être enjouée ni d’avoir envie du futur. Une démarche saluée par Claude Montana qui a chaleureusement encouragé le créateur en coulisses à la fin du show.



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Alexis Mabille, tout nouvellement intégré en tant que membre permanent (il était auparavant membre invité) dans le calendrier officiel par la puissante Chambre Syndicale de la Haute Couture a voulu montrer qu’il était à la hauteur de cette prestigieuse nomination. Tout ce qu’on attend de la couture traditionnelle comme on l’aime à Paris se déployait dans ce vestiaire délicieusement girly et faussement sage. Du froufrou à foison, du tulle rose aussi appétissant qu’un macaron, de la dentelle chantilly comme s’il en pleuvait : Mabille a voulu avant tout rendre hommage ici à l’artisanat le plus précieux. Il le fait avec intelligence et sans prétention. Dita Van Teese au premier rang, quoique toute de noir vêtue, semblait apprécier en connaisseuse les créations aux couleurs douces du couturier auquel elle a confié la conception des costumes de son nouveau spectacle dont la première aura lieu en Février à Los Angeles.



La couture aux trois visages

Même souci du détail impeccable chez Gustavo Lins qui a présenté un vestiaire conforme à la tradition couture. Le savoir-faire teinté de scrupules architecturaux du plus brésilien des couturiers parisiens excelle dans une variété de robe d’inspiration kimono. Ici la simplicité apparente doublée d’une obsession du confort cache toujours une complexe mise en volume autour du corps. Des modèles pour hommes ponctuent une série de robes drapées aériennes, comme pour spécifier à la cliente éclairée du créateur que son cavalier trouvera aussi dans cette belle maison un vestiaire à sa mesure.



La couture aux trois visages

Les longues robes fluides sont fendues jusqu’à la hanche, mais il n’y aura que les journalistes américaines pour sur-jouer l’indisposition (l’arme à feu dans la minaudière) devant ce sein qu’elles ne sauraient voir et oublier un peu vite la parfaite exécution d’une collection sexy en diable et savamment construite. Il faut dire que La femme vue par Alexandre Vauthier n’a que faire de l’humilité ou de la soumission (sauf quand elle la choisit) : elle ne vit que pour l’audace et parfois le scandale. Ça passe ou ça casse mais Paris n’a jamais promis que sa tradition couture serait synonyme de bigoterie.

(H.D

Photos: Herve Dewintre

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